( 31 mars, 2014 )

Une mariée

Elle passe sa robe nuptiale et les larmes coulent de ses yeux.

Elle caresse le tulle de son voile, les mains tremblantes.

Elle pose ses pieds délicats dans des escarpins blancs.

Ses jambes flageolent, tant l’émotion est intense.

Elle pique dans ses cheveux des fleurs des champs

Et agrafe un collier, héritage de ses aïeules.

Elle fait glisser sur son bas la coquine jarretière

Qu’elle ne dévoilera qu’à la nuit avancée.

Elle laisse retomber sur ses cuisses un jupon

Puis la soie sauvage de sa robe chatoyante.

 

Et elle déplie un carré de dentelle

Pour essuyer ses joues humides

Les couleurs coulent de ses yeux brillants

Accompagnant les perles de tristesse.

Ce samedi de juin était jour de noces,

Mais la guerre l’en a privée.

Alors elle arrache ses vêtements de reine,

Se sentant devenue veuve avant les épousailles.

 

A peine a-t-elle profité de ses fiançailles

Qu’on lui a volé son amoureux

Et ce jour de mariage est jour d’adieu.

Elle revêtira le noir en place du blanc immaculé.

 

( 28 mars, 2014 )

Un mirage

C’est avec un désir contenu que je t’envisage,

Que je dévore chaque parcelle de ton visage.

Pourtant, je sais bien que tu n’es qu’une image,

Qu’un languissant mirage.

 

Avec toi, je voudrais rouler à vive allure et couper les virages,

Gravir des montagnes et nous perdre dans ses nuages,

Nous noyer en mer pour renaître sur d’irréels rivages.

Ton corps mêlé au mien serait un précieux alliage,

Ton regard rougirait ma peau comme un indélébile tatouage.

Je voudrais que tu connaisses les courbes de mon paysage,

Et te promet que ce jour j’oublierais d’être sage.

Je voudrais que notre union soit pur partage,

Que notre amour traverse avec bonheur, les âges,

Et que la passion soit devenue notre unique langage.

 

Mais j’ai peur que de ma pudique réserve tu prennes ombrage,

Que tu ne sois qu’un séducteur, un dandy volage,

Qui provoquerait en mon âme d’irréparables dommages,

Qui ferait de mes sentiments un carnage,

Et que tu m’abandonnes sur de plats hommages,

Que tu me crucifie par un seul message.

J’aurais peur de n’être qu’une chimère, un orage,

De n’être qu’une vulgaire aventure de passage.

J’aurais peur que mon existence ne survive pas un tel ravage,

Et que mon esprit y perde force et courage.

 

Il est peut-être mieux que tu restes ce fantasmatique mirage…

 

( 26 mars, 2014 )

Un papillon

Un papillon se cogne contre la porte de mon cœur.

Il me surprend dans un sommeil déjà séculaire.

Ses ailes éparpillent une poussière multicolore

Qui voile mes yeux éblouis par cette poudre d’or.

 

Je l’attendais depuis un languissant millénaire.

Je l’avais cherché entre ciel et mer.

Il est venu à moi, alors que mon âme était assoupie

Oubliant que j’étais encore en vie.

 

Mon papillon est un ange d’amour

Qui aveugle mon esprit et ma Raison.

Il scintille comme le soleil du jour

Et souffle la tendresse dans mes poumons.

 

Il verse en moi des sentiments dont je me désaltère.

Je le laisse me nourrir de cette douce chimère,

Parce que je sais qu’un papillon est éphémère.

Et déjà il disparait, emportant avec lui sa lumière.

 

( 25 mars, 2014 )

Les silences

Les silences . . .

 

Silence velouté d’un désert africain

Silence soyeux d’une forêt enneigée

Silence mystérieux d’une nuit étoilée

Silence étincelant du sable caribéen.

 

Silence sacré d’une chapelle ancestrale

Silence monacal d’une alcôve dorée

 

Silence studieux d’un élève appliqué

Silence infantile de rires étouffés

Silence sucré des gourmands attablés

Silence délicieux de regards langoureux

 

Silence amer d’un amour défendu

Silence cruel d’un être disparu

Silence mortel d’une stèle usée

Silence sanglant après la bataille

 

Silence odieux de mes larmes

 

Silence protecteur de mes pensées

 

 

( 24 mars, 2014 )

Déclarations

Déclaration d’Indépendance,

Cri d’un peuple tout entier

Qui se bat pour sa liberté,

Porté par la force de l’espérance.

 

Déclaration d’impôts

Comme une dette à son pays,

Sans contredire d’un mot

A regret, on se plie.

 

Déclaration de guerre,

Cupide désir de possession

Quand  voler une autre terre

Est glorieux pour une nation.

 

Déclaration d’amour

Brûlante sur les lèvres,

Muet discours

Pétri de fièvre.

 

Déclaration d’identité

Parce qu’il faut pouvoir être contrôlé.

Parce qu’on n’a pas le droit à l’anonymat

On nous surveille, c’est un métier que cela.

 

Déclaration Universelle des Droits de l’Homme,

Belles lettres et belles intentions

Dans des sociétés où l’on assomme

Où l’égalité est pure fiction

 

Déclaration de décès

Parce qu’un jour il faut partir

Et qu’au monde il faut le dire

Dans une dernière publicité.

 

Déclarations sociales

A établir sans faire d’erreur

Car l’Etat sera impartial.

Gare aux inspecteurs !

 

Déclaration de naissance

Pour donner un nom à nos enfants

Pour qu’ils retrouvent les traces

De leurs ancêtres d’un autre temps

 

Déclaration des droits de l’enfant

Pour leur offrir le meilleur de la vie

Pour que le travail et les coups soient bannis.

Mais qui le croit vraiment ?

 

 

 

( 21 mars, 2014 )

Palette de couleurs

Palette de couleurs

 

Châtaines sont les boucles lourdes de mes cheveux indisciplinés.

Noir est le mélancolique cortège funéraire qui se resserre.

Gris est le sable où s’échouent les yoles de Grand’ Rivière.

Argentés sont les éclats de tes yeux pétillants.

Blanc est le linge des armoires aux parfums de lavande.

Ecrus sont les draps de coton métisse qui habillent mon lit.

Beiges sont les pages usées des pièces de Molière.

Roses sont mes joues sous un regard insistant.

Rouge est la mousseline vaporeuse qui m’enveloppe.

Garance est la passion brûlante qui nous emporte.

Carmin est le sang gaspillé des innocents.

Vermillon est la robe du vin qui s’accroche au verre.

Ocre est la terre foulée par les esclaves arrachés à Gorée.

Roux est le pelage luisant du renard qui s’enfuit.

Orange est le soleil qui s’endort entre les montagnes.

Doré est le miel sucré qui se noie dans ma tasse.

Blonds sont les blés qui portent la cathédrale de Chartres.

Jaunes sont les tournesols qui éclaboussent le paysage.

Isabelle est la robe du cheval sauvage des prairies texanes.

Vertes sont les feuilles qui dansent au bout des branches.

Kaki est l’uniforme de mon frère à Kaboul.

Turquoise est le paradis des îles Marquises.

Bleue est la mer des yeux de mon grand-père.

Indigo est le tissu qui colle à mes formes.

Marine est le pull du gardien du phare de la Caravelle.

Pourpre est le velours où se languit l’odalisque ottomane.

Violette est l’écriture de mes amours adolescentes.

Mauves sont les lilas qui embaument les jardins.

 

( 20 mars, 2014 )

Ma muse

Ma muse s’est tue.

Elle me refuse ses mots. L’ai-je blessée pour qu’elle m’évite autant ?

Elle me manque depuis tous ces jours.

Elle me prive de sa chaleur, de sa lumière. Et les larmes tentent vainement de laver les traces de son passage.

Son orgueil l’a éloignée de moi. Ma vie ne l’intéresse pas. Elle ne me parlait que d’elle, mais qu’importe, je l’acceptais et je l’accepterais encore si elle veut bien me revenir.

Elle tyrannise mon esprit, tant par sa présence que par son absence.

Ne sait-elle pas qu’elle est la source de mon inspiration, qu’elle stimule mon âme et me permet d’écrire le monde, les joies et le chagrin ?

Maintenant qu’elle est muette, elle m’est souffrance.

Celle qui m’irradiait autrefois, m’a soudainement plongée dans l’obscurité.

Je ne parle pas d’égérie, mais de ma muse…

Elle ne me cause plus, ne se confie plus.

Elle reste loin de mon esprit qu’elle habite pourtant.

Son silence me tiraille, m’angoisse, m’enrage.

Elle m’a abandonnée sans explications.

Je la hais autant que je l’aime.

Je n’ai qu’une supplique, celle qu’elle revienne chuchoter à mon âme l’inspiration qui me fait exister.

Je tairais tout reproche, toute remarque, j’accepterais son égocentrisme et renouerais avec l’écriture, enfin !

 

 

 

( 19 mars, 2014 )

Tristesse

La brume assassine de la tristesse

Vient m’envahir ; elle m’oppresse.

Depuis des lunes, je lutte contre elle, en vain,

La voilà nichée en mon sein.

Je me laisse bercer, bien malgré moi,

Par ses effluves mélancoliques.

Le chagrin est un compagnon sournois

Qui éclipse les rêves angéliques.

De trop d’espérances je m’étais nourrie

Et, naïve, j’aspirais à l’embellie.

Troublées par des sentiments inattendus,

Je me surprise en sotte ingénue.

Et, étalant mon monologue amoureux,

J’acceptais l’aveuglement bienheureux

De ce feu qui brûlait mon cœur,

Ignorant sciemment que l’objet de mon désir

Etait alors bien ailleurs,

Dans d’autres bras, d’autres plaisirs.

La béatitude fit place à l’amertume.

Écœurant ma bouche et mon esprit.

L’envie de vomir des horreurs

Avait pris le pas sur la douceur.

Pourtant je restais muette d’affliction

Dans l’offrande de mon abnégation.

 

 

 

 

 

( 18 mars, 2014 )

Nuits

Douce nuit, tiède et claire,

Mère des rêves et des chimères,

Promesse d’unions cavalières,

De joutes défendues et aventurières.

 

Délicieuse nuit d’été aux songes enfiévrés,

Berceau des amants enlacés,

Qui éveille les désirs enflammés

Des corps aux charmes effrontés.

 

Tendre nuit illuminée d’une lune dorée,

Qui laisse entrevoir les chairs entremêlées

Ne sachant taire les gémissements étouffés

Du plaisir d’amour et des sens exacerbés.

 

Câline nuit hivernale

Au souffle d’air glacial

Qui love en son sein les amoureux

Dans la chaleur des plaisirs audacieux.

 

Etrange nuit sans lumières

Dont les étoiles éteintes

Nimbent de mystère

Les interdites étreintes.

 

 

( 18 mars, 2014 )

Tu me désespères

Tu me désespères…

Par tes longs silences,

Par ces questions laissées sans réponse.

 

Tu me désespères…

Par cette attente de revoir,

Par cette distance qui condamne tout espoir.

 

Tu me désespères…

Par l’idée que tu te moques bien de moi,

Par la conviction qu’indifférente je ne suis pas.

 

Tu me désespère…

Et je me déteste d’être ainsi

A attendre de lire ce que tu m’écris.

 

Tu me désespères…

Et je me hais de t’espérer autant,

De vouloir ce que tu me refuses en ce temps.

 

Tu me désespères…

Parce que tu m’es si attirant

Et que je suis sotte de trouver si séduisant.

 

Tu me désespères…

Et pourtant si je voulais un amant

Je l’aurais trouvé aisément.

 

Mais ce que je désire, c’est toi, violemment

Même si tu n’es qu’un être désespérant…

 

 

 

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