( 30 avril, 2014 )

Elle est belle

Elle est belle, celle qui regarde, ébouriffée et mal habillée, le bel animateur, qui chaque jour la fait rêver.

Elle est belle, celle qui choit, étourdie et rougissante, au milieu d’une foule d’inconnus attroupés.

Elle est belle, celle qui, fièrement, écrit, mêlant les ratures et les fautes d’orthographe, une lettre enflammée.

Elle est belle, celle qui, sûre d’elle, prend le métro à Lyon avec un ticket du tramway de Sainté.

Elle est belle, celle qui ne fait rien comme les autres et choque sans jamais que sa conscience soit inquiétée.

Elle est belle, celle qui fait tout de traviole, elle est touchante, tellement unique de simplicité.

 

( 24 avril, 2014 )

Suite

L’église qui se vide de ses larmes chagrines et s’emplie de cristallins rires blancs.

Le chêne centenaire qui caresse les cieux de ses feuilles dentelées par les vents.

Les lierres qui s’évadent des jardinières pour venir enlacer lascivement les bancs.

Les pétales qui dansent, volés aux marguerites, à la folie, passionnément.

Les chauds rayons du soleil qui goûtent les corps, incandescents, insolents.

Le mélange des parfums de pluie et de terre mouillée, épicé, enivrant.

La fragilité d’une main fébrile qui se cache  sous le cuir sensuel d’un gant.

Le verre de vin pris sur la terrasse ombragée, frais et délicieusement étourdissant.

 

La douce berceuse, lointaine et mélodieuse, d’une mère inquiète, à son enfant.

Le chant de l’eau dans la rivière, tellement insignifiant et pourtant si apaisant.

Le jeu de séduction des tourterelles, cachées sur les toits, qui se câlinent tendrement.

Le regard d’un homme qui dévore cette femme amoureusement, secrètement.

Les anciens, sur le parvis de la mairie, qui mêlent leurs discours à celui des agents.

Les abeilles qui butinent ces lavandes qui chatouillent les narines des passants.

Les êtres qui savent combien la vie est courte mais qui prennent leur temps.

La vie d’une rue, d’un village où l’on sait se regarder vraiment.

( 22 avril, 2014 )

Vitrines de Noël

Au détour d’une rue, se succèdent les grands magasins.

Les réverbères éclairent les trottoirs gelés.

Décembre a revêtu son manteau blanc.

Accrochés aux vitrines, des grappes d’enfants trépignent, crient.

Ebahis par la magie des jouets, ils collent leurs petits visages sur le verre glacé.

Un rond de buée se forme devant chaque minois.

D’un coup de main gantée, ils effacent la brume qu’ils ont créée.

Face à eux un spectacle féérique a pris vie.

Pantins et oursons sont animés, au milieu de trains qui déambulent sur des rails fendant la fausse neige.

Un salon de thé à la vaisselle minuscule s’invite dans le jardin d’une immense maison de poupée.

La mélodie d’une boîte à musique accompagne le ballet des automates.

Un vieux Saint Nicolas, veille sur cette joyeuse sarabande dans un coin de la vitrine.

L’arbre emblématique du 25 décembre, se dresse fièrement au milieu de la boutique. Orné de boules et de guirlandes multicolores, il scintille.

Majestueusement, il protège de ses branches une foule de lutins, troll et autres fées.

Malgré le froid et la nuit tombée, les enfants ne peuvent décoller leurs yeux de ce spectacle.

Ils rêvent de ce qu’ils découvriront, plié dans le papier de soie, au pied du sapin.

Les petits nez rouges coulent. Mais qu’importe, tout est tellement beau. Ils en oublieraient presque qu’il faut rentrer.

Il y a encore des devoirs et des corvées à faire. Tant pis. Ils se feront gronder mais ils auront profité de ce moment merveilleux.

C’est à celui qui rirait le plus fort. C’est à celui qui se vanterait le plus sur le cadeau qu’il recevra.

L’Angélus sonne sept heures. La nuée de gamins s’éparpille d’un seul coup.

Il reste juste un petit gars, qui, sur la pointe des pieds, s’étire pour admirer ce que les grands lui cachaient.

Lui, il sait bien que ses souliers seront vides pour Noël.

Il y a tant de frères et sœurs avant lui.

Et puis, papa est malade. Alors la soupe est claire et la cuisinière froide.

Il sait que le Père Noël n’est qu’un leurre et que ce sont les parents qui gâtent leurs enfants.

Ses parents à lui, ils ne pourront sans doute pas lui offrir la jolie voiture à pédales ou la boîte d’éléments en bois.

Mais, au fond, lui, ce qu’il voudrait, c’est juste que son papa soit guéri.

Il le demande dans les prières du soir, mais le petit Jésus ne semble pas l’entendre.

Il enfonce son béret sur sa tête et s’en va en traînant ses brodequins percés.

Demain, il reviendra, c’est sûr, juste pour rêver encore un peu.

Parce que ses rêves, personne ne les lui fera payer.

 

( 18 avril, 2014 )

Une chemin dans le désert

Je laisse le désert m’envahir, de son sable et de son silence.

Je le laisse guider mon désespoir pour lui rendre l’espoir.

Le vent construit, démolie les dunes de mes errances.

Mon esprit, mon cœur, broient des pensées brutes, noires.

J’attends que le désert m’emplisse de sa chaleur,

Qu’il me redonne le goût de la lumière.

J’attends qu’il rouvre enfin mon esprit et mon cœur,

Qu’il efface le chagrin et la poussière.

Je me laisse emporter par le vent violent de ce désert

Ce compagnon qui me malmène mais qui me pousse

Car c’est bien lui qui me portera loin de cet enfer

Qu’est mon âme en souffrance, la mort aux trousses.

( 11 avril, 2014 )

Neige dominicale

La neige enveloppe les courbes de la campagne,

Immaculée, elle habille de soie la montagne,

Voilant jalousement les formes de sa compagne.

 

A peine un craquement dans cet alentour mystérieux.

Elle étouffe même la mélopée des oiseaux malheureux,

Offrant la paix d’un silence ô combien précieux.

 

Les flocons, comme mille diamants,

Brillent dans le soleil levant

Et dansent au gré capricieux du vent.

 

Les étoiles scintillantes se déposent sur les branches

Leur tissant de coton, une duveteuse cape blanche

Nimbant de douceur ce délicieux dimanche.

 

La neige caresse les arbres avec volupté

Elle s’y pose avec bonheur et les fait ployer

Sous sa merveilleuse poudre de fée.

 

La magie est là avec ses toits et ses pentes enneigés,

Ces enfants qui chevauchent des luges endiablées,

Et leurs rires raisonnant dans la vallée.

( 10 avril, 2014 )

Le vent

Ecoute le vent danser dans les arbres fleuris,

Regarde le envoler les pétales par-dessus lui.

Comme un satyre, il glisse ses mains sous le manteau des feuilles

Et caresse l’écorce des troncs, fragile peau de l’innocence.

Le vent est un amoureux et joue avec les branches

Il virevolte autour des arbres et enlace leur hanche.

Il se plait à déshabiller les fragiles brindilles,

Et les ingénues se laissent étourdir par la perversité de ce poète

Ignorant qu’une fois dépouillées, elles seront dénigrées

Quand les regards se détourneront,

Désenchantés à la vue de ces frêles corps dénudés.

Le vent, sans gêne, dévoile sans pudeur les chairs offertes,

Et s’amuse de les malmener ainsi.

Si les fleurs printanières laisseront place aux fruits,

Les forêts parées des teintes orientales de l’automne,

Livreront leur désolation à l’hiver s’annonçant.

( 10 avril, 2014 )

Déception

Certains jours, ce que l’on découvre nous rend heureux.

D’autres, nous diffusent des nouvelles qui rendent notre esprit nauséeux.

La déception est une dague acérée, elle blesse, lentement, profondément.

Elle a beau être courte à l’œil, elle est cruelle au cœur…

J’ignorais que je pusse être autant affectée par quelque chose.

L’imagination est douce folie,

L’espérance qu’on nous donne est ignominie.

L’homme est parfois terriblement abject.

Il maîtrise l’art de la désillusion.

Etre femme, c’est bien souvent être victime des bonimenteurs…

Pourquoi Dieu ne m’a-t-il pas faite Homme ?

( 9 avril, 2014 )

Les adieux, poème inachevé

Ce matin d’octobre me rappelle un matin de décembre.

Les souvenirs cristallisés depuis des décennies reviennent.

Là, lentement, douloureusement, ils envahissent l’esprit.

Ils sont présents comme d’antiques fantômes qui reviendraient me hanter.

 

Ecoutez ces jeunes filles qui pleurent leur grand-mère.

Elles rouvrent la plaie de ma propre souffrance.

Parce que les adieux se doivent d’être dits même par un enfant.

Pourquoi me l’avoir refusé à l’aube de mes neuf ans ?

 

Leurs mots étaient les miens d’il y a vingt huit ans.

Ceux-là même qu’on ne m’a pas autorisé à lui dire.

 

Chère Anne-Marie, sais-tu combien tu me manques ?

Sais-tu de quels maux j’ai souffert ?

Sais-tu qu’il m’a fallu tout ce temps pour soigner ma peine ?

Sais-tu que je t’ai pleuré des nuits durant ?

Entendais –tu quand il torturait mon esprit ?

 

( 8 avril, 2014 )

Passe-muraille à Lyon

Passe-muraille . . . à Lyon

 

Il est un labyrinthe pareil à nul autre,

Dans lequel on oublie la porte d’où l’on entre.

Nul n’est besoin d’être Ariane pour en sortir,

Car il offre tant d’issues prêtes à s’ouvrir.

 

Les hautes portes richement ornées des rues cossues

Cachent, parfois, un passage secret,

Que seuls peuvent connaitre, les lyonnais

Qui s’y coulent discrètement pour éviter la cohue.

 

On y découvre de mystérieuses venelles,

Des cours improbables, fleuries d’immortelles,

Des escaliers vertigineux et extraordinaires

Mais aussi des vies cachées entre la pierre et le verre.

 

Ce labyrinthe ne serpente pas sous la ville,

C’est une toile de chemins entre les rues.

Ce sont des coursières pour les livreurs de précieux fils,

Les tisserands, les marchands et la soie des canuts.

 

On les appelle les traboules de Lyon.

Leurs murs sont empreints de sang et de passion.

Elles dissimulent encore amours secrètes et crimes

Et empestent la sueur de ceux qui triment.

 

Ces lieux ont gardé toute leur magie.

C’est comme si on avait le don de traverser les murs,

De pénétrer dans un monde parallèle à la vie

Et de pouvoir se réfugier ou s’enfuir.

 

( 7 avril, 2014 )

Mystérieuse Venise

Des lambeaux de brouillard s’accrochent à la cime du campanile,

Il se déchire sur elle et cache les trésors de la piazza San Marco.

Je crois entendre les plaintes des prisonniers passant le pont des soupirs qui crève à peine le voile vaporeux.

D’organza, de velours et de dentelle, les longs manteaux déambulent dans les venelles pavées.

De merveilleux êtres sillonnent la ville, attisant le regard de leurs couleurs ténues.

Dans la cité des Doges, les visages sont habillés de masques extraordinaires.

Une porte aux arabesques de fer s’ouvre sur un vestibule chatoyant aux miroirs dépolis.

J’entrevois le taffetas d’une traîne qui glisse sur les carreaux de marbre.

J’ai envie de la suivre, de la rejoindre dans ce dédale de couloirs. La porte claque.

Je suis perdue dans cette rue, l’esprit envoûté, je suis étourdie.

Une redingote de velours me frôle, s’enfuit dans une ruelle étroite et disparait dans un froissement d’étoffe, au bord du Grand Canal.

Derrière cet homme, un billet doux tourbillonne, étrange papillon blanc au milieu de la ville.

Un rendez-vous . . . Alla notte, vicino al Lido di Jesolo. . . Je rêverais que cette invitation soit pour moi.

J’ignore où il est allé. Je regarde, désespérément, l’eau de la lagune lécher les pierres des palais endormis.

Je lève les yeux, le brouillard est toujours là, rendant incertaine la vision de ce qui m’entoure.

Une lumière ambrée et diffuse accompagne le mouvement des voilages aux fenêtres entrouvertes, où des ombres passent.

Je me sens aspirée par cette ambiance délicieusement inquiétante.

Les gondoles, comme d’étranges fantômes, glissent sur l’eau sombre en découpant la brume dans un léger clapotis.

Des tintements d’or caressent mes oreilles et me découvrent que je porte un loup orné de pierreries.

Les perles coulent sur ma poitrine, et mon corsage d’argent et de pourpre éclabousse mes yeux.

Le brouillard de Venise en m’enveloppant m’a métamorphosée en Marquise mystérieuse . . . à l’image de mes hôtes.

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