( 23 octobre, 2014 )

Artémis

Allongée sous le tilleul, je m’étais assoupie.

La tiédeur de l’air aidant, je m’étais alanguie.

Un parfum suave de miel emplissait mes poumons

Et je me lovais dans un rêve encore plus profond.

 

A la conquête d’une terre irréelle, une terra incognita,

Je chevauchais une jument noire habillée de soie.

Nous avions traversé les mers et les cieux,

Et en chemin, bravé tous les dieux.

 

Je cherchais une île, un lieu inviolé.

Je cherchais un asile, un lieu oublié.

Je cherchais une terre, un lieu inconnu.

Je cherchais un abri, un lieu perdu.

 

J’étais redevenue chasseresse,

Une Diane à la brune crinière,

Une amazone, mi-femme, mi-déesse,

Une Artémis, au regard de lumière.

 

Je me noyais dans les océans bouillonnants,

Dans les avens sombres et étouffants,

Dans les volcans de feux ardents,

Dans les hurlements des ouragans,

Dans le déchaînement des éléments.

 

J’étais redevenue lionne parmi les femmes,

Et j’espérais maintenant le loup parmi les hommes.

 

( 13 octobre, 2014 )

Ma fée se meure

Là, dans le creux de ma main, elle s’évanouit.

Le voilage de ses ailes s’est déchiqueté.

Il n’en reste qu’une dentelle grise, déchirée,

Et une poudre nacrée qui s’enfuit.

 

Ma fée qui se meure

Ne me donnera plus.

Ma libellule à la voix d’or

Ne me chuchotera plus.

 

Là, dans le creux de mon cœur, elle se meure.

C’est à peine si un frisson la fait vibrer encore.

Il ne reste qu’un peu de vie

Sous les paupières endormies.

 

Sans elle, je perds la lucidité.

Elle emporte jusqu’à ma liberté.

Je perds l’étincelle qui m’illumine,

La flamme qui me fascine,

Le feu qui m’irradie

Et la lumière qui me conduit.

( 8 juillet, 2014 )

Le cri

J’écris,

Et parfois je blesse.

J’ai du mal à me taire.

 

Je dis,

Je n’ai de cesse

 De chercher à plaire.

 

Ma franchise me dessert,

Plus qu’elle ne me sert.

Pourtant je serre les lèvres, fort

Pour qu’il n’en sorte que la douceur

Et qu’au fond de moi reste la rancœur.

 

Parfois je meurtrie, amère,

Mais ce n’est pas par cruauté,

C’est que je suis sincère,

Ou que je suis touchée.

 

J’écris au fleuret,

J’égratigne le cœur,

Lui imposant de la douleur.

 

J’écris au cimeterre,

Crevant le cœur,

Par mon propre malheur.

 

J’érafle, j’écorche, je balafre parce que je ne supporte pas la dangereuse affection de mon esprit.

Ma plume est mon arme,

Mes mots sont mes missiles,

Et ainsi je peux dire, écrire et aller jusqu’à hurler ma révolte dans le silence infernal d’un cri.

( 3 juin, 2014 )

In my defens God me defend !

« In my defens God me defend »

 

L’Ecosse m’avait emportée en m’embrassant de ses cheveux de fée.

Le landskape qu’elle offrait à mes yeux, me touchait instantanément.

J’étais étourdie par ces camaïeux de verts qui couraient sur les monts.

On aurait pu croire, claquant dans le vent, à la cape de velours d’un roi endormi.

Seuls quelques lambeaux d’hermine accrochaient du blanc à mon regard.

Lochs sombres et châteaux mystérieux pavaient alors la route de ma conquête celte.

Au détour d’un couloir, Brian aux yeux noirs et au sourire étourdissant pique encore de rouge ma mémoire.

Mais les souvenirs sont plus lointains, plus tristes.

Je croisais l’ombre de Mary Stewart, celle de James IV…

Les pierres étaient chargées d’histoires ;

Celle d’Hadrien, l’empereur romain,

Celle, sanglante, de William Wallace.

Mes yeux d’adolescente se laissaient griser, émouvoir par cette étole de brume qui enveloppait tout à coup les collines et les donjons oubliés.

Les vagues mourraient avec fracas contre les rochers noirs, livrant à la mer déchaînée, ce qu’ils ne pouvaient plus retenir.

Je n’ai pas vu Nessy, même si son esprit rôdait autour de nous.

Un frisson parcourt mon dos et mon imagination…

 

Et dire que ce 14 juillet 1989, je me trouvais au milieu de cette terre majestueuse et fêtais la Révolution Française au cœur du plus royaliste de tous les états du monde.

 

( 16 mai, 2014 )

Corsica sempre corsa

1991, j’ai 16 ans.

Lui ? Je n’ose penser à son âge,

Il est antique.

Notre première rencontre fut ce bord de mer turquoise, nacré, brûlant.

Je me souviens m’être noyée, éblouie de tant de reflets d’or, d’argent.

Le conquérir me fut une épreuve physique et morale.

Bouleversée d’admiration et de rage contre lui et ses colères.

Je suis comme lui, latine au sang bouillant.

Comme lui mon regard est sombre et ma voix rauque par instant.

Il me ressemble,

Je lui ressemble.

Je me souviens de l’avoir maudit tout haut

Mais aussi de m’être laissée caresser par ses mains d’écume.

Je me souviens m’être nourrie de ses fruits

Et avoir recraché la chair rouge de ses bêtes.

Je me souviens l’odeur âcre de ses âtres

Du parfum entêtant de ses fleurs,

Des formes enivrantes de son paysage

Et des cigales qui chantent encore en moi.

Je me souviens de ces sourires de feu

Et de ces regards de glace.

De cette paillotte près de la Palombaggia

Du vieux François dans la cabane de Zonza

Et du beau corse de Sartène…

Il m’a marqué au fer, un CSC, pour que je sache qu’il est unique,

Qu’il ne m’appartiendra jamais

Il a tatoué mon âme pour que jamais je n’oublie

Le vert de ses pins, le blanc de sa pierre, le bleu de ses cascades,

Il m’a marqué au cœur, pour qu’un jour je lui revienne.

Ô delizioso paese, Corsica, Corsica…

( 13 mai, 2014 )

Chez Paulette

Passant, si tu cours dans sa rue,

Ralentis le pas et ouvre tes narines,

Respire les parfums qui montent aux nues.

Il émane de son bouchon une appétissante odeur de cuisine.

 

Passant, si tu veux bien prendre le temps,

Entre dans cet étroit restaurant.

Tu y prendras une table, un pot de vin

Et tu commanderas l’unique menu qui est le sien.

 

Passant, si tu veux régaler tes sens,

Pousse la porte, au petit bonheur la chance,

Et goûte les saveurs des mets préparés,

Tablier de sapeur, quenelles ou saucisson brioché.

 

Passant, elle t’accueillera comme une Mère

Dans ce bouchon qu’elle mène d’une main de fer.

Avec cette bonne humeur que rien n’altère

Elle te fera goûter aux plaisirs de la bonne chère.

 

Passant, tends l’oreille sous sa fenêtre,

Ecoute, elle chante, cette chère Paulette…

 

( 9 mai, 2014 )

Si j’étais

Si j’étais félin, je serais chat.

Indépendante et pourtant avide de caresses.

Je dormirais le jour dans tes draps

Et la nuit me ferais chasseresse.

 

Je serais baobab, dans le monde végétal.

De trop d’orgueil, les dieux m’auraient punie

Et j’aurais appris à taire cette envie

De grandeur léonine sur le règne animal.

 

Je serais peut-être aussi grain de blé.

Je mourrais ensevelie pour mieux renaître.

Je nourrirais l’humanité par la main du boulanger,

Pain noir de l’esclave et pain blanc du maître.

 

Si j’étais astre, je serais lune,

Blanche comme le sable des dunes.

Je refléterais la lumière solaire.

Triste, amoureuse solitaire.

 

Si j’étais élément, je serais l’eau,

De celles qui désaltèrent et sauvent les vies.

Mais aussi celle qui détruit par sa colère,

Qui inonde, ravage et noie les terres.

 

Si j’étais illustre, je serais Molière,

Maestria dans l’art littéraire,

Ingénieuse dans la moquerie

Et audacieuse dans l’ironie.

 

Si j’étais féérie, je serais licorne,

Fantasme de grâce et de pureté.

J’utiliserais les pouvoirs de ma corne

Pour que tout maléfice soit éloigné.

 

Si j’étais diabolique, je serais harpie.

Je dévasterais les cœurs, détruirais la vie

Ma puissance divine régnerait

Sur les hommes que je bannirais.

 

Si j’étais saison, je serais l’hiver.

Je glacerais les corps par mes gelées,

J’habillerais le monde d’un velours immaculé

Et j’offrirais aux enfants mes diamants éphémères.

 

( 7 mai, 2014 )

Diamant

Je suis pareille à un diamant,

Dure, au regard puissant.

Il n’est que le feu de la passion

Qui puisse, de ma force, avoir raison.

L’éclat de mes yeux, celui de ma voix,

Brûlent tout alentours… cruelle magie.

J’aveugle et j’éblouis.

Mais je suis fragile, je suis de soie,

Douce, consumée d’amour,

Ephémère comme un papillon du jour,

Je disparaitrais un soir

Brisée de ne plus y croire…

( 5 mai, 2014 )

Nouveau souffle

Un léger souffle s’abime dans mes cheveux.

Je les ai noirs, comme un outrage,

Comme le charbon, douloureux.

Je les sens caresser mon visage

Mués en doux voile endeuillé.

Je laisse la brise me faire frissonner.

Elle me touche, impudente.

Elle me blesse, insolente.

L’or n’est plus dans mes yeux

Il a disparu avec les adieux.

Juste le noir

Le désespoir

Le soir

 Mais j’attends l’aube renaissante

La rosée, l’eau limpide, vibrante,

Qui m’éveillera,

Me fera revivre

J’attends dans le frimas,

Comme ivre.

J’inspire ma souffrance

J’expire le noir intense

Le noir de mes cheveux,

Le noir de mes yeux,

Le noir de mon deuil

J’attends,

Le blanc de la neige,

Le blond des blés,

Le bleu des cieux…

Et renaître enfin, en paix.

( 2 mai, 2014 )

Repenser à l’hiver

Les ceps aux branches torturées et décharnées,

Dorment sur le lit de leurs feuilles dorées.

Un vent impudique les a violemment déshabillés.

Et ils frissonnent dans le frimas des coteaux escarpés.

 

L’hiver annonce son arrivée dans un ballet de flocons.

La neige, encore frêle, tourbillonne dans les cieux.

Sans pouvoir survivre à la douceur de la terre,

Elle se meure en s’y posant tristement.

 

Les nuages ont dérobé au soleil sa chaleur,

Voilant ses timides rayons sans ardeur.

Les fleurs ont disparu, les jardins sont en perdition.

Il y a dans ce paysage, une amère saveur de désolation.

 

Le vieux cerisier qui ne donnait plus de fruits

Brûle en crépitant dans la cheminée.

Les flammes lèchent les bûches en dansant,

Les parant d’un diabolique rouge incandescent.

 

Derrière la fenêtre, l’enfant que je suis,

Regarde les cristaux s’écraser contre le carreau,

Espérant le manteau blanc qui, après la nuit,

Ouvrira le festival des batailles glacées.

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