( 21 mars, 2014 )

Palette de couleurs

Palette de couleurs

 

Châtaines sont les boucles lourdes de mes cheveux indisciplinés.

Noir est le mélancolique cortège funéraire qui se resserre.

Gris est le sable où s’échouent les yoles de Grand’ Rivière.

Argentés sont les éclats de tes yeux pétillants.

Blanc est le linge des armoires aux parfums de lavande.

Ecrus sont les draps de coton métisse qui habillent mon lit.

Beiges sont les pages usées des pièces de Molière.

Roses sont mes joues sous un regard insistant.

Rouge est la mousseline vaporeuse qui m’enveloppe.

Garance est la passion brûlante qui nous emporte.

Carmin est le sang gaspillé des innocents.

Vermillon est la robe du vin qui s’accroche au verre.

Ocre est la terre foulée par les esclaves arrachés à Gorée.

Roux est le pelage luisant du renard qui s’enfuit.

Orange est le soleil qui s’endort entre les montagnes.

Doré est le miel sucré qui se noie dans ma tasse.

Blonds sont les blés qui portent la cathédrale de Chartres.

Jaunes sont les tournesols qui éclaboussent le paysage.

Isabelle est la robe du cheval sauvage des prairies texanes.

Vertes sont les feuilles qui dansent au bout des branches.

Kaki est l’uniforme de mon frère à Kaboul.

Turquoise est le paradis des îles Marquises.

Bleue est la mer des yeux de mon grand-père.

Indigo est le tissu qui colle à mes formes.

Marine est le pull du gardien du phare de la Caravelle.

Pourpre est le velours où se languit l’odalisque ottomane.

Violette est l’écriture de mes amours adolescentes.

Mauves sont les lilas qui embaument les jardins.

 

( 20 mars, 2014 )

Ma muse

Ma muse s’est tue.

Elle me refuse ses mots. L’ai-je blessée pour qu’elle m’évite autant ?

Elle me manque depuis tous ces jours.

Elle me prive de sa chaleur, de sa lumière. Et les larmes tentent vainement de laver les traces de son passage.

Son orgueil l’a éloignée de moi. Ma vie ne l’intéresse pas. Elle ne me parlait que d’elle, mais qu’importe, je l’acceptais et je l’accepterais encore si elle veut bien me revenir.

Elle tyrannise mon esprit, tant par sa présence que par son absence.

Ne sait-elle pas qu’elle est la source de mon inspiration, qu’elle stimule mon âme et me permet d’écrire le monde, les joies et le chagrin ?

Maintenant qu’elle est muette, elle m’est souffrance.

Celle qui m’irradiait autrefois, m’a soudainement plongée dans l’obscurité.

Je ne parle pas d’égérie, mais de ma muse…

Elle ne me cause plus, ne se confie plus.

Elle reste loin de mon esprit qu’elle habite pourtant.

Son silence me tiraille, m’angoisse, m’enrage.

Elle m’a abandonnée sans explications.

Je la hais autant que je l’aime.

Je n’ai qu’une supplique, celle qu’elle revienne chuchoter à mon âme l’inspiration qui me fait exister.

Je tairais tout reproche, toute remarque, j’accepterais son égocentrisme et renouerais avec l’écriture, enfin !

 

 

 

( 19 mars, 2014 )

Tristesse

La brume assassine de la tristesse

Vient m’envahir ; elle m’oppresse.

Depuis des lunes, je lutte contre elle, en vain,

La voilà nichée en mon sein.

Je me laisse bercer, bien malgré moi,

Par ses effluves mélancoliques.

Le chagrin est un compagnon sournois

Qui éclipse les rêves angéliques.

De trop d’espérances je m’étais nourrie

Et, naïve, j’aspirais à l’embellie.

Troublées par des sentiments inattendus,

Je me surprise en sotte ingénue.

Et, étalant mon monologue amoureux,

J’acceptais l’aveuglement bienheureux

De ce feu qui brûlait mon cœur,

Ignorant sciemment que l’objet de mon désir

Etait alors bien ailleurs,

Dans d’autres bras, d’autres plaisirs.

La béatitude fit place à l’amertume.

Écœurant ma bouche et mon esprit.

L’envie de vomir des horreurs

Avait pris le pas sur la douceur.

Pourtant je restais muette d’affliction

Dans l’offrande de mon abnégation.

 

 

 

 

 

( 18 mars, 2014 )

Nuits

Douce nuit, tiède et claire,

Mère des rêves et des chimères,

Promesse d’unions cavalières,

De joutes défendues et aventurières.

 

Délicieuse nuit d’été aux songes enfiévrés,

Berceau des amants enlacés,

Qui éveille les désirs enflammés

Des corps aux charmes effrontés.

 

Tendre nuit illuminée d’une lune dorée,

Qui laisse entrevoir les chairs entremêlées

Ne sachant taire les gémissements étouffés

Du plaisir d’amour et des sens exacerbés.

 

Câline nuit hivernale

Au souffle d’air glacial

Qui love en son sein les amoureux

Dans la chaleur des plaisirs audacieux.

 

Etrange nuit sans lumières

Dont les étoiles éteintes

Nimbent de mystère

Les interdites étreintes.

 

 

( 18 mars, 2014 )

Tu me désespères

Tu me désespères…

Par tes longs silences,

Par ces questions laissées sans réponse.

 

Tu me désespères…

Par cette attente de revoir,

Par cette distance qui condamne tout espoir.

 

Tu me désespères…

Par l’idée que tu te moques bien de moi,

Par la conviction qu’indifférente je ne suis pas.

 

Tu me désespère…

Et je me déteste d’être ainsi

A attendre de lire ce que tu m’écris.

 

Tu me désespères…

Et je me hais de t’espérer autant,

De vouloir ce que tu me refuses en ce temps.

 

Tu me désespères…

Parce que tu m’es si attirant

Et que je suis sotte de trouver si séduisant.

 

Tu me désespères…

Et pourtant si je voulais un amant

Je l’aurais trouvé aisément.

 

Mais ce que je désire, c’est toi, violemment

Même si tu n’es qu’un être désespérant…

 

 

 

( 17 mars, 2014 )

Fleurs

Je suis la glycine aux lourdes grappes mauves,

Qui s’enroule en volutes autour de ta tonnelle

Pour abriter ta peau des rayons piquants du soleil.

Je suis la clématite aux couleurs chatoyantes,

Qui s’agrippe aux pierres de tes murs

Et qui adoucie ton regard en t’offrant la soie de ma corolle.

Je suis le jasmin au parfum suave,

Qui m’engouffre par ta fenêtre ouverte

Pour enivrer tes sens comme un appel à la langueur.

Je suis la rose capiteuse, à la robe de velours,

Qui entre dans ta maison

Pour te contempler depuis le vase qui me fait vivre.

Je suis les fleurs que tu aimes, là, toujours près de toi.

 

 

 

( 14 mars, 2014 )

La paix

La paix

Doux mot à l’oreille,

Agréable en bouche.

La paix

Qui met les souffrances en sommeil

Et ne laisse de la haine que des souches.

La paix

Chuchotée,

Chantée,

Criée.

La paix

C’est la pluie dans un désert,

Le soleil à l’ère glaciaire.

C’est un brin d’olivier

L’humanité retrouvée.

La paix

Bijou précieux,

Moyen audacieux,

Pouvoir mystérieux.

La paix

Des hommes et des femmes

En faisant tomber les armes,

Libère les âmes.

 

 

 

 

 

 

 

 

( 14 mars, 2014 )

Matin de printemps

Dans la lumière dorée de ce matin de printemps,

Je te regarde, alangui près de moi.

Ta respiration, lente, est source d’apaisement.

Je me demande ce qu’en songe tu vois.

Pas un bruit ne brise la fragile osmose.

Les volets sont entrebâillés sur la nature qui sort de la nuit.

Et moi, je goûte aux délices de cette aube radieuse.

Combien de temps resteras-tu ainsi ?

J’ouvre discrètement la fenêtre pour ne pas t’éveiller.

J’écoute la vie

Des oiseaux qui engagent une délicieuse mélodie

Et du chant lointain d’un ruisseau.

Dans notre chambre la vie champêtre s’est invitée.

Je lui permets d’entrer et la laisse m’ébahir.

Un rayon de miel s’accroche à un miroir,

Et son reflet se pose sur ton dos dénudé.

Je te recouvre pour que la fraîcheur ne te dérange pas.

Ton sommeil est calme, il me fait envie.

Comme il me donne envie de toi

Dans la paix de ce doux matin.

 

 

 

 

 

 

( 13 mars, 2014 )

Larmes

Larmes,

Larmes de sang qui souille les corps moribonds,

Larmes de joie dans la naissance d’une vie,

Larmes d’alcool pour enivrer l’esprit,

Larmes de vigne qui s’accrochent au verre comme une promesse de plaisir,

Larmes d’argent sur la soie,

Larmes dans la voix qui s’étrangle d’émotion,

Larmes bataviques du tréfonds de la terre,

Larmes de plomb qui tuent les malheureux oiseaux,

Larmes de verre qui disparait dans l’eau.

 

 

( 11 mars, 2014 )

La blessure

La terre s’était insensiblement dérobée sous mes pieds,

La conscience d’exister m’avait lâchement fuit.

J’évoluais dans une vie aux fenêtres fermées

Et mes jours n’étaient plus que des nuits.

La mort m’aspirait insidieusement.

Je l’attendais parce qu’elle était devenue évidente.

Je la palpais, là, presque imminente.

Elle m’endormait sournoisement.

Toutes les issues étaient closes,

Les portes de ma vie, cadenassées.

Je n’avais plus de courage d’en chercher les clés

Et j’errais sans en connaitre la cause.

Je n’ai jamais souhaité disparaitre,

J’ignorais d’où provenait ce mal être.

Mais mon chagrin était si puissant

Qu’il m’aveuglait dans ces moments.

Je croyais que mon destin était de partir,

Sans jamais voir mon fils grandir.

Je succombais presque au chant des sirènes de l’au-delà

M’isolant comme si j’expirais déjà.

Je côtoyais cet ennemi au quotidien,

Je me noyais dans son océan malsain

Sans parvenir à imaginer un lendemain,

Sans retrouver mon esprit cartésien.

 

Et puis, un plongeon dans ses abysses fut salvateur.

Je m’abîmais dans ses fonds pour éveiller mon cœur

Ouvrant alors mon âme à ceux qui m’aimaient

Et choisissant enfin de vaincre ce qui me torturait.

En déchiffrant les raisons de toute ma souffrance,

Je compris que la mort ne serait pas une délivrance.

J’ai écrit le mal qui me rongeait depuis tant d’années,

J’en ai écouté la lecture, j’en ai pleuré.

Alors la vie, emprisonnée, a choisi de se libérer.

 

Maintenant, je touche les cicatrices creusées dans mon âme,

Nées des blessures qu’on m’a infligées et de mes larmes.

Et si je ne pardonne pas à celui qui l’a écorchée

C’est parce qu’il ne mérite pas ma pitié,

Qu’il a volé mon innocence

Et mon adolescence…

 

 

 

 

 

 

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